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(EN FRANCAIS). Le chantier de l'arabe marocain; reproduira-t-il certaines surenchères du chantier de l'amazighe?

Le chantier de l’arabe marocain;

Reproduira-t-il certaines surenchères du chantier de l’amazighe?

 

 

En 2003, et alors même qu’il était chercheur au Centre d’Aménagement Linguistique de l’Institut Royal de la Culture Amazighe dès son ouverture, l’auteur du présent texte a publié un long article dans le quotidien Al-Ahdath Al-maghribia (12 oct. 2003) intitulé "Questions omises du débat sur les choix de la graphie de l’amazighe". Il serait redondant et réducteur d’en faire ici le résumé puisqu’il est maintenant disponible sur la toile depuis 2008 (v. Ici; en ar.). Il suffit donc de dire que l’essentiel de ce qui relie cet article-là au sujet du présent texte est le fait d’avoir montré, avec des exemples concrets, que l’attitude générale qui prévalait (et elle prévaut encore) dans la gestion du chantier de la planification et de l’aménagement du champs linguistique dans le pays est l’idéologie comme plafond en matière de diagnostic et de conception, la politique politicienne de conjoncture comme méthode de deal sociopolitique et l’empirisme d’opinion profane comme méthode des mesures concrètes portant sur l’objet lui-même. Ce qui revient, en fin de compte, à traiter le dossier dans son ensemble et ses sous-ensembles en faisant fi des finalités téléologiques éducationnelles et pédagogiques à long terme sensée être les mobiles de départ, ainsi que des pré requis de connaissance scientifique de la réalité sociolinguistique concrète de chacun des éléments de l’échiquier linguistique ainsi que des propriétés et particularités des corpus et structures de chaque élément de cet échiquier. Un échiquier repensé en principe aujourd’hui pour être réaménagé de sorte à rationnaliser les rôles et fonctions de ses éléments constitutifs dans une optique éducationnelle et de formation qui soit cohérente et conséquente en fonction des finalité, comme le stipulent les textes fondateurs, dont la Charte Nationale sur l’Education et la Formation (v. Ici; en ar.).

  

 

Si ledit article de 2003 a décrit en détail la façon dont s’est concrétisée ladite attitude générale au sujet d’un point particulier du dossier de l’amazighe, à savoir la question de la graphie, avec toutes les polarisations auxquelles cette question avait donné lieu, et avec ce qui en est résulté par la suite, prévu d’avance dans ledit article et faisant aujourd’hui l’objet de certains questionnements explicite de la part même de certains chercheurs de l’IRCAM (v. Ici; en ar.), certains indices concrets et sérieux indiquent aujourd’hui qu’un autre dossier parmi les dossiers du débat sur l’aménagement général de l’échiquier linguistique marocain est en passe de suivre la même voie en reproduisant la même attitude et la même approche, selon le même mode opératoire sociopolitique décrit plus haut. Il s’agit du dossier de l’arabe marocain dit ‘darija’, ce registre de langue qui constitue depuis trois ans l’objet de débat dans les média et dans le CSEFRC ainsi que l’objet de travail de certains milieux associatifs qui ont des canaux de liaison officiels et officieux avec les institution publiques concernées, dont ledit CSEFRC.

 

Pour qui est de ce dernier dossier, beaucoup d’indices concrets et sérieux indiquent qu’il ne s’agit plus uniquement de l’aspect polémique public qui a déjà fait l’objet de plusieurs articles ici-même sur Quid.ma, suite à la premier controverse médiatique qui a fait sortir l’historien, écrivain et philosophe, Abdellah Laroui "de son terrier" selon sa propre expression, à savoir l’hostilité de principe à toute ‘dialectalisation’ et ‘folklorisation’ de la pensée marocaine (articles reproduits et disponibles Ici). Car le règne général de l’éclectisme comme méthode assez commode pou l’intelligence du ‘politiquement correctede conjoncture, semble bien aujourd’hui avoir fini  par avoir raison d’autres parties non hostiles par principe, voir même, et surtout, des parties favorables à une reconnaissance institutionnelle d’un rôle éventuel de l’arabe marocain dans le système de l’éducation, et ce dans l’esprit de l’article5 de  la Constitution, qui parle de la «protection et du développement des langues arabe et amazighe et des diverses expressions culturelles marocaines, qui constituent un patrimoine authentique et une source d’inspiration contemporaine».

Ce mouvement non hostile et/ou même favorable à cet esprit, commence à son tour, à emprunter les sentiers tortueux de l’éclectisme empirique des enjeux politiciens, où la tactique de conjoncture plombe complètement l’horizon de la stratégie des finalités éducationnelles et culturelles ultimes du long terme.

 

Curieusement (mais pas surprenant sur le plan culturel), c’est, encore une fois, autour du support pédagogique de toute mise éventuelle à l’écrit d’un arabe marocain reconnu comme registre linguistique fonctionnel, que s’est manifesté ledit empirisme et ledit éclectisme idéologiquement et politiquement correctes. Il s’agit des normes orthographiques appropriées à ce registre de la langue arabe qu’est l’arabe marocain dans tout rôle transitoire éventuel qui serait révolu à ce dernier dans le cadre de la politique générale de la réforme du système de l’éducation et de la formation et de l’aménagement et la qualification, à long terme, de la langue arabe notamment dans sa globalité en jetant méthodiquement des passerelles entre ses deux registres pour dépasser l’handicap de la diglossie chronique séculaire qui entrave tout système de l’enseignement (mais qu’on est paradoxalement en train d’instaurer à grand pas et à toute vitesse pour l’amazighe à l’IRCAM), chose que ne fait absolument pas du tout le bilinguisme ou le multilinguisme contrairement aux idées profanes reçues. A cet égard, et à titre d’exemple, pour notre génération, tout comme pour les générations précédentes, les meilleurs exemples d’une parfaite maîtrise d’un arabe relativement appropriée à l’époque, ainsi que du développement de cette langue grâce à des écrits originaux, sont grande majorité fournis par des bilingues ou plurilingues et non par de simples diglossiques d’une seule langue (De Abu Lhassan Al-Youssi, à Mohamed Chafik, en passant par Al-Mokhtar Al-Soussi, Mohammed Al-Fassi, M. Abed Al-Jabiri, Abdeallah Laroui et d’autres).

 

Or, tout comme son équivalent pour le cas de la protection et le développement de l’amazighe qui n’avait pas non plus de tradition orthographique standard, le volet de la protection et du développement de l’arabe marocain à travers une mise méthodique à l’écrit notamment, en tant qu’une des principales manifestations "des diverses expressions culturelles marocaines " à protéger et à développer (art. 5 de la Constitution) dans la perspective esquissée ci-dessus, est lui aussi un volet qui nécessite une connaissance scientifique explicite et formelle en sa qualité de registre de langue ayant ses propres spécificités quoiqu’entretenant des rapports structurels réguliers et déjà formellement et explicitement circonscrits aujourd’hui, avec le registre de l’arabe classique (voir هــــنـــا en ar.).

Ces dimensions de connaissance scientifique des spécificités phonologiques, morphologiques, syntaxiques et lexicales de ce registre de langue qu’est l’arabe marocain, ainsi que de ses rapports réguliers avec le registre de l’arabe classique, en plus d’une connaissance scientifique des problèmes de l’orthographe classique de ce dernier, sont des pré-requis pour toute tâche de mise au point d’un système orthographique cohérent approprié, à savoir un système orthographique qui assure tout simplement la fonction de "Bien lire ET comprendre", au lieu de reléguer au lecteur la charge inverse de "Comprendre POUR bien lire".

 

Les problèmes que doit résoudre toute proposition de mise au point d’un tel outil orthographique cohérent approprié à l’arabe marocain, ont déjà fait l’objet de plusieurs textes de vulgarisation journalistique (v. notamment Ici). Il s’agit notamment et tout particulièrement de tout faire afin de ne pas hériter des défectuosités bien connues de l’orthographe classique de l’arabe, tout en assurant le maximum de passerelles lecturales possibles entre les deux registres de l’arabe, partout là où le prix pour cela n’est ni une ambigüité à laisser à la charge du lecteur, ni un manque à la cohérence et/ou à la systématicité du système proposé. Ceci à cause du fait qu’une orthographe ne consistant qu’en une figuration par déguisement d’un ‘arabe marocain’ calqué à l’écrit sur les formes déjà défectueuse de l’orthographe classique de l’arabe qui ne note pas le vocalisme, ne fait pas qu’hériter de toutes les difficultés lecturales de l’arabe classique (v. Ici). Une telle orthographe éclectique, hybride et idéologiquement correcte rajoute en plus à ces difficultés classiques, d’autres difficultés propres au lexique évolué l’arabe marocain une fois qu’on lui applique cette orthographe de déguisement.

Un seul exemple parmi des dizaines de classes morphologiques de mots, pour concrétiser les choses: la prononciation à donner en lecture à un mot comme courant comme par exemple ce qu’on note sous forme de /المعلـّـم/ dans une telle orthographe, selon ce qu’il s’agisse de "maître-artisan" [المـعلـّـم] ou qu’il s’agisse de "maître d’école" [الموعلـّــيم] (l’absence d’opposition en voyelles longues et voyelles brèves en arabe marocain rend possible la notation des trois voyelles /a, u, i/ par les matres lectionis /ــا/, /ــو/, et /يــ/ respectivement).

 

Ce qui pointe pourtant fortement et à toute allure à l’horizon, d’après des indices concrets, est la forte éventualité de traiter définitivement de la question des rapports pédagogiques à établir entre les deux registres de l’arabe, le classique et l’arabe marocain, notamment au niveau d’une mise institutionnelle éventuelle à l’écrit de ce dernier pour des fins pédagogiques précises dans la perspective de ce jeux de ‘déguisement’ linguistique et scriptural. Cela n’augure, entre autres choses, que de compliquer et d’obscurcir encore davantage le côté pédagogique de l’acquisition et de la maîtrise de l’arabe dans sa globalité: la diglossie orale risque de se trouver doublée d’une double scripturalité indémêlable où les ambigüités classiques de lecture de l’arabe classique mis à l’écrit s’amplifient encore davantage par les ambiguïtés propre au lexique évolué de l’arabe marocain une fois mis à l’écrit dans une orthographe éclectique et hybride. Une orthographe qui, de façon arbitraire, et juste à titre d’exemple, fait tantôt usage d’une vocalisation par diacritiques dite ‘chakl’ (ــِــ، ـــُــ، ــَـــ) pour distinguer par exemple /كــتــب/ "livres" de /كــتُــب/ "livres" et laisse tantôt le consonantisme du mot sans voyelles comme dans /حــبــس/ "il a arrêté/emprisonné" et /حــبــس/ "prison", sans qu’il y ait de critère formel pour cela, abstraction faite des autres problèmes propres à l’usage des diacritique et qui sont d’ordre technique (absence jusqu’ici de touches indépendantes sur le clavier pour des phonèmes aussi fréquents que les trois voyelles), d’ordre perceptuel à la Gestalt dans toute lecture qui dépasse le stade initiale d’épellation, bien connu des psychopédagogues, voir d’ordre culturel (mépris du ‘chakl’ comme étant réservé aux petit apprenants et aux peux instruits).

 

Voilà vers où les choses semblent s’acheminer pour l’arabe marocain, au lieu que l’aménagement et le développement de ce registre de l’arabe, notamment via sa dotation d’un système d’écriture approprié basé sur des assises scientifiques, qui constituerait en même temps un terrain d’essai pour toute réforme éventuelle de l’orthographe classique lui-même à long terme, constituent une entrée systématique concrète pour donner un contenu concret au slogan de la qualification de la lange arabe globale en en simplifiant les structures et en jetant des passerelles pédagogiques, à travers les curricula, entre ses deux registres. Un slogan que tout le monde sirène, linguistes et académiciens en tête, depuis des lustre, mais aussi les textes fondateurs pertinents depuis la Charte National sur l’Education et la Formation jusqu’aux dernières déclarations des responsable du CSEFRS, mais tout en demeurant un simple slogan vague à répéter à l’infini sous forme de profession de foi et déclaration de principes (v. Ici; en ar.) en fidélité totale dans cela à la tradition de ratage d’occasions et rendez-vous dans le temps, l’espace et les secteurs.

 

Mohamed Elmedlaoui

https://orbinah.blog4ever.com/m-elmedlaoui-publications-academiques



13/10/2015
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