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(EN RFACAIS) A l'occasion de la visite de Bilal Acharif, S.G du MNLA: politique africaine du Maroc et accompagnement académique

M. Bilal Ag Acharif, S.G du MNLA,

Reçu en audience par S.M le Roi Mohammed VI.

Est-ce que l’académique accompagne le politique?

 

 

Dans le cadre de la nouvelle diplomatie du Maroc, inscrite il y une dizaine d’années dans une optique de diversification, et orientée notamment vers l’Afrique en général et l’Afrique de l’Ouest en particulier, et à la demande du MNLA (Mouvement National de Libération de l’Azaouad), SM le Roi Mohammed VI vient de recevoir en audience à Marrakech une délégation de ce mouvement, présidée par son secrétaire général, M. Bilal Ag Acherif accompagné de M. Mossa Ag Attaher, porte parole du mouvement. Les deux hôtes ont, à l’occasion, accompli la prière du vendredi à côté de S.M le même jour (31 janv. 2014. v. Ici).

 

Selon un communiqué du mouvement, signé le même jour, «Cette audience s’inscrit dans le cadre des efforts soutenus et permanents du MNLA à transmettre le message du peuple de l’Azawad et solliciter l’accompagnement de toutes les bonnes volontés pour l’aboutissement des aspirations légitimes du peuple de l’Azawad en vue d’instaurer durablement la paix et la stabilité au Mali en général et dans l’Azawad en particulier. (…). Sa majesté le Roi du Maroc a demandé à la délégation du MNLA de continuer à rester ouvert au dialogue politique».

 

En rapport avec un tel évènement, il a déjà été insisté dans un texte précédent (Sep. 2013) sur la nécessité d’accompagner cette nouvelle orientation régionale de la diplomatie marocaine par une politique académique de formation de cadres experts en matière des cultures de l’arrière profondeur du Maroc dans le Sahel notamment, afin de bien comprendre le fil et la trame des différentes intersections et croisements socioculturels, ethnolinguistiques et socioéconomiques qui traversent les sociétés concernées dans la région et qui sous-tendent les dynamiques sociopolitiques qui les animent aujourd’hui comme hier. Des efforts substantiels sont déployés au niveau des connaissances géopolitiques notamment, par certaines individualités au sein de l’IEA même si le volet évènementiel est encore prépondérant dans cette institution académique, mais il y a pas que la géopolitique; il y a d’autres niveaux plus profonds qui sous-tendent la géopolitique de surface et où le vide en études, et surtout en formation, sévit encore terriblement au Maroc. Je reproduis ici à cet égard juste un passage dudit texte:

«La question est donc de se demander dans quelle mesure est ce que le Maroc, comme tout autre pays, peut effectivement assurer une présence économique et diplomatique, solide et pérenne dans un espace donné, en l'absence de tout intérêt académique et de toute action culturelle dans cet espace, en une ignorance totale des langues et cultures des peuples concernés, et en l'absence par conséquent de toute stratégie de formation d'experts sectoriels, d'attachés culturels et de centres culturels d'interface dans ces domaines dans les pays concernés? Or, pour ce qui n'est que du chantier de la gestion du paysage linguistique et de l'aménagement linguistique, et juste à titre d'exemple, le Maroc dispose aujourd'hui de hautes compétences et d'une grande expérience pratique en matière d’aménagement linguistique (mise au point de dictionnaires, de grammaires standardisés et de graphie et orthographes appropriées aux langues de tradition orale, etc.). Ce n'est là qu'un exemple parmi tant d'autres atouts dont dispose le Maroc pour rendre utile son propre model et rendre attractif son label, notamment aux yeux de ses partenaires africains subsahariens». (Texte intégral Ici).

 

Une telle connaissance du paysage socioculturel est notamment de nature à dépasser approximations clichés dans la perception et la circonscription des faits. A titre d’exemple du type de connaissances qu’il faut pourvoir par la recherche académique, à la première question d’une interview sur France24 (28 nov. 2012), où Bilal Ag Cherif fut présenté par l’interviewer comme chef "des rebelles touarègues", ce dernier a bien tenu immédiatement à faire ce qu’il considère comme une rectification de départ: «Merci; tout d’abord je voudrais faire quelques rectifications: le MNLA n’est pas un mouvement des Touarègues; le peuple de l’Azawad est constitué de plusieurs ethnies. Il y a des Touarègues, des Souraïs, des arabes, des peuls et d’autres. Il sont tous membres du mouvement».

Dans cette interview, publiée en ligne le 28 nov. 2012 (v. Ici), le chef du MNLA, paré de son beau costume traditionnel, répondait son interviewer en un arabe classique hautement soutenu, qu’une voix parallèle traduisait en français. Mais lorsque le même chef s’adresse, chez lui, à un rassemblement de mobilisation de ses concitoyens (hommes et femmes confondus assis à même le sol en plein air), c’est en touarègue qu’il le fait, suivi en cela d’une traduction instantanée en français faite par une autre personne du même rassemblement, à l’adresse des média internationaux (v. Ici).

Dans le texte déjà publié précédemment mentionné, il a été fait état de ce type d’intérêt académique au Maroc en ces termes :

«Je me rappelle à cet égard qu'en marge du colloque "3.Bayreuth-Frankfürter Kolloquium zurBerberologie" tenu les 1-3 juillet 2004 à Bayreuth en Allemagne, un collègue chercheur au Dipartimento di Studi e Richerche su Africa e Paesi Arabi, de l'université de Naples, auteur de plusieurs dictionnaires sur les langues de l'Afrique, m'a demandé pour savoir si les milieux académiques marocains s'intéressent aux réalités linguistiques de l'Afrique. Ma réponse, improvisée sur le champ, fut que, à part certaines publications et les rencontres de l'Institut des Etudes Africaines, à dominance d'hagiographie des confréries et d'histoire évènementielle maroco-africaine, il n'y a pas vraiment d'intérêt académique systématique pour l'Afrique, en particulier dans les domaines de la description linguistique et des politiques sociolinguistiques des Etats. En lui répondant ainsi d'une façon lapidaire, je me suis demandé: comment se fait-il qu'il en fût ainsi dans le monde académique marocain, alors qu'il y a aujourd'hui en Afrique une réalité en mouvement et en devenir sur le plan sociolinguistique, notamment à travers l'aspiration de beaucoup de langues africaines émergentes (le touareg au Mali, au Niger et au Burkina-Faso ; le wolof et le peul en Afrique de l'Ouest, le Sangho en Afrique Centrale et le Swahili à l'Est de l'Afrique) à occuper de nouvelles positions dans l'échiquier des marchés linguistiques nationaux et régionaux de l'époque postcoloniale, alors que le Maroc vient d’initier une expérience originale en gestion sociolinguistique?».

 

Aujourd’hui, c’est de la même Italie que me vient, il y juste quelques jours (28 janv. 2014) une notification généralisée par une collègue (Maria di Tolla de l’université de Naples) d’un appel à candidature lancé dans le cadre du "Projet BATTUTA de mobilité pour les étudiants maghrébins vers l’Europe pour suivre des cours (langues africaines: berbère, arabe, turque, swahili, etc (v. www.battuta.eu)". J’ai immédiatement fais circuler l’appel autour de moi au sein des unités de master avec lesquels je suis en relation, à Fès et à Agadir Notamment.

Ce ne sont donc pas les cadres d’encadrement/formation et/ou de financement qui manquent. Ce qui manque jusqu’ici c’est une conscience politique et académique dans ce sens, comme l’a bien rappelé une recommandation sur les langues orientales et africaines, faite dernièrement à l’issue d’un congrès académique à Fès (v. Ici). Tout ceci avait d’ailleurs fait l’objet, il y a dix ans, d’un projet concret d’action conçu sous forme de collaboration entre trois instituts (IERA, IRCAM et IEA. v. Ici) et le prochain Conseil National des Langues et de la Culture Marocaine est aujourd’hui appelé à définir une feuille de route dans ce sens.



01/02/2014
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