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(En français) Institutions académiques marocaines et langues africaines

Institutions académiques marocaine et langues africaines

De l'action scientifique programmée au suivisme de l'actualité politique

 

 

 

On apprend le 20 septembre dans les réseaux sociaux que l’institution marocaine, Institut d’Etudes et de Recherche pour l’Arabisation, s’intéresse enfin aux langues africaines et à "la pluralité linguistique", non pas au Maroc, pays quand même africain, mais ailleurs en Afrique. Elle annonce la tenue très prochaine d’un colloque sur le sujet.

 

 C’est une bonne initiative en principe et en soi, même si le format de conception de la recherche dans la plupart les institutions académiques du Maroc demeure fidèle à la tradition d’antan dite /selka/, à savoir l’activité de "recherche" conçue principalement comme événementiel et animation au profit de curieux et chasseurs de pause-café, où le traiteur est le premier à être invité pour dresser ses tentes caïdales. Cela frôle de la pure communication (un suivisme "scientifique" de l'actualité politique), maintenant que l’Egypte, l’un des concurrents farouche des dernières démarches de présence économique et culturelle du Maroc en Afrique, avait déjà tenu en 2015 son très officiel colloque sur "Les langues africaines" (voir ICI).

 

Pourtant, d’autres conceptions de la recherche existent en l’air. Etre autres, une conception présentée formellement en 2004 et mise en ligne six ans plus tard en 2012 au profit de tout qui cela intéresse. Il s’agit d’un projet d’établissement en réponse à un appel d’offre de projets pour un concours de responsable de l’IERA précisément.

 

Dans ce qui suit, je donne certains extraits de cet ex-projet où la pertinence du volet des langues africaines comme chantier et objet de recherche n’a pas attendu des occasions d’actualité pour être soulignée.

 

Abréviations utilisées dans les extraits qui suivent :

IERA : Institut d’Etudes et de Recherche pour l’Arabisation - Rabat

 

IRCAM : Institut Royal de la Culture Amazighe - Rabat

 

IEA : Institut des Etudes Africaines – Rabat

 

CNEF : Charte Nationale de l’Education et de la Formation

 

PNEMA : Potentialités Non Exploitées de la Morphologie Arabe (prog. de recherche)

 

DéPSGA : Développement des Potentialités Scripturales de la Graphie Arabe (prog. de recherche)

 

 

Grands axes du texte du projet :

 

1. GENERALITES.

2. Programmes concrets d’action.

3. Principes de gestion.

 

 

 

1. GENERALITES (extraits)

 

11.1. Conception générale du profil scientifique et de la vocation académique de l’IERA

 

(...). D’autre part, un plan général conscient et concret de mise à niveau et de perfectionnement des potentialités lexicales, terminologiques, métalinguistique et de compétitivité sociolinguistique de la langue arabe à l’échelle régionale et internationale, ne peut pas être assuré sans qu’il n’y ait de programme de traduction et de transfert de savoir vers cette langue dans le domaine des études des langues de complémentarité sociolinguistique et des cultures dont celles-ci sont dépositaires (les fond de littérature amazigh et du malhun par exemple). Et si la langue amazighe, mais aussi le hassania au Sud et l’arabe dialectal au Nord, a/ont la priorité, en vertu de la lettre et de l’esprit du dahir royal portant création de l’IRCAM, les langues du voisinage africain (peul, wolof, haoussa) qui sont d’une grande importance historique, géoéconomique et géopolitique, ainsi que les langues de parenté ancrées dans la culture marocaine (hébreu moderne, hébreu biblique, araméen), doivent également faire l’objet d’études linguistiques descriptives et comparatives enrichissantes en langue arabe, notamment par le biais de programmes de traduction de la production scientifique accumulée dans les domaines concernés. (...).

 

A ce titre, et juste à titre d’exemple, qui est en mesure de traduire en arabe et de publier par exemple un Aspinion, un Basset ou un Laoust, pour le mettre à la disposition d’un plus large public, si cela ne se fait pas à travers une coopération entre des institutions comme l’IRCAM et l’IERA ou toute autre structure académique de substitution envisagée pour ce dernier?

 

Enfin, Il est instructif de remarquer à cet égard, que le message royal adressé à l'occasion de l'ouverture de la nouvelle année scolaire 2001-2002 et lu par le conseiller de sa SM, (M. Abdelaziz Meziane Belfkih) le  13 / 09 / 2001, établit d’une manière explicite un rapport significatif de complémentarité fonctionnelle entre la création de l’Académie Mohamed VI pour la Langue Arabe et la création de l’Institut Royal de la Culture Amazighe :

 

«Notre décision de créer une académie de langue arabe procède  de Notre souci de consolider la place qui revient à la langue officielle de notre pays et de réunir les conditions de son  épanouissement et de son essor afin qu'elle remplisse pleinement son rôle dans les domaines de l'enseignement, de la formation, de la recherche et de la communication. Eu égard à Notre souci permanent de préserver l'unité de notre identité marocaine et de consolider son enracinement culturel diversifié, nous nous penchons sur l'élaboration du dahir portant  création de l'institut royal de la culture amazigh qui doit  entamer sa mission en janvier 2002».

 

Ce rapport de complémentarité fonctionnelle, explicitement souligné, n’est pas fortuit; car l’alinéa 110 du texte la Charte Nationale de l’Education et de la Formation envisage la gestion de l’espace linguistique du Royaume non pas en termes de tâches isolées, assignées ou concédées à des organismes d’intérêts socioculturels sectoriels conflictuels, mais en termes de politique publique globale où les concepts de cohésion et d’harmonie demeurent des concepts phares pour les différents organismes impliqués.

 

Ceci revient à rappeler que les institutions et organismes publics concernés sont là pour produire ce qui est à même de contribuer à l’application des politiques publiques, et ne sauraient nullement se substituer, en porte-parole, aux différents types de partenaires socioculturels, qui sont seuls habilités à exprimer, à défendre et à faire entendre les différentes voix et revendications des composantes de la société civile, relatives à la gestion nationale de l’espace linguistique:

 

«Considérant la pluralité des confluents fertilisant du patrimoine du pays;

Considérant la position géostratégique du pays, en tant que carrefour des civilisations;

Considérant les liens de voisinage, dans leurs dimensions maghrébine, africaine et européenne;

Le Royaume du Maroc adopte, en matière d'enseignement, une politique linguistique claire, cohérente et constante» (CNEF, art. 110)

 

2. Programmes concrets d’action (extraits)

 

11.4.5. Coopération en perspective dans le cadre des programmes DéPSGA et PNEMA

 

L’IERA a déjà passé des conventions de coopération avec un nombre important d’institutions académiques et d’organismes de coopération internationale. Certaines d’entre ces institutions sont bien placées pour être associées à certains aspects des développements ultérieurs du programme DéPSGA, qui porte sur le développement des potentialités de la graphie arabe et dont la portée et les retombées escomptées dépassent de loin en fait le champ national. (...)

 

C’est là une démarche à même de mieux concevoir et mieux réaliser certains programmes ou fragments de programmes, tel que le volet informatique des programmes qui sont déjà conçus par  l’IERA (GENFO et GENTERM) ou celui du projet DéPSGA (v. 11.4.a), dont le produit final des travaux linguistiques aura besoin d’une implémentation informatique sous forme, par exemple, d’une police Arabe-Iera, à défendre auprès de l’Unicode et de l’Iso pour qu’elle soit homologuée et prise en charge par les traitements de texte internationaux, à l’instar des démarches que l’IRCAM entreprend actuellement auprès de ces organismes pour homologuer la nouvelle police Tifinagh-Ircam, mise au point l’année dernière (2003) dans notre centre (Centre d’Aménagement Linguistique)[1] en collaboration avec le centre d’informatique CEISIC de la même institution. (...)

 

Une institution comme l’Ecole Mohammedia d’Ingénieurs est donc bien placée comme partenaire de coopération à cet égard. Avec ses deux centres d’aménagement linguistique et d’informatique qui ont déjà acquis une expérience pratique dans le domaine de l’aménagement de la graphie, l’IRCAM est une autre institution nationale candidate pour un partenariat fructueux avec l’IERA, surtout si l'on garde présent à l'esprit les considérations et concepts-phares évoqués dans les paragraphes précédents, à savoir :

 

- le principe d’«une politique linguistique claire, cohérente et constante» (CNEF, art. 110);

 

- le principe selon lequel «la promotion de l’Amazigh est une responsabilité nationale» (discours de royal à l’occasion de la promulgation du dahir portant création de l’IRCAM), et par conséquent :

 

-  le devoir de prise en charge par la langue arabe, via ses institutions de vocation, de sa part de responsabilité nationale envers l’amazighe en participant notamment à l’effort de traduction de la documentation pertinente, existante ou nouvellement produite, et de sa diffusion auprès du public arabophone et arabisant.

 

Puisque l’un des objectifs du programme DéPSGA, d’après l’alinéa 11.4 .1.e ci-dessus est de "mettre au point des adaptations graphiques et des systèmes orthographiques stables et performants, appropriés à toutes les autres langues qui auraient choisi ou qui choisiront la graphie arabe comme moyen scriptural", avec tout ce que cela implique comme ouverture de la langue arabe sur la description des systèmes phonologiques d’autres langues (les langues africaines notamment), la coopération ne peut être que bénéfique à ce sujet avec une autre institution nationale comme l’Institut des Etudes Africaines, qui se définit comme «un centre de recherche fondamentale dont la vocation première est de promouvoir la recherche scientifique dans le domaine du patrimoine culturel commun maroco-africain et tous les autres domaines concernant l'Afrique (Sciences Humaines, Sociales, Economie...)».

 

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-  Pour un texte de plus amples extraits dudit ex-projet d’établissement, cliquer sur le lien suivant:

http://orbinah.blog4ever.com/gestion-de-la-recherche-sur-les-langues-au-maroc-ex-projet

 

-  Pour un texte en rapport avec le même sujet,  cliquer ICI

 

-  Sur le même sujet, en arabe, cliquer ICI

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Mohamed Elmedlaoui  (linguiste sémitisant et berbérisant)

Institut Universitaire de la Recherche Scientifique -Rabat.

//orbinah.blog4ever.com/m-elmedlaoui-publications-academiques



[1] L'auteur du projet est coordonnateur de l'UER sur Lexique au Centre d'Aménagement Linguistique de l'IRCAM (Institut Royal de la Culture Amazighe).

 



21/09/2017
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