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(Français) De la déchéance de la nationalité française à la déchéance de l'accent circonflexe de l'orthographe française

De la déchéance de la nationalité française

à la déchéance de l’accent circonflexe de l’orthographe française

 

 

Coïncidence ou symbolisme de l'esprit d'une époque?

 

En parallèle avec le débat au parlement français sur le projet d’inscrire la possibilité de déchéance de la nationalité française dans la constitution, les autorités compétentes annoncent la déchéance, à partir de la rentrée scolaire prochaine, de certaines marques distinctives de l'orthographe du français. On s’achemine pour le français vers quelque chose qui cherche à ressembler à ceci:

 

[Peu etre ke cela va avèk l’ère du tem, le tem de la déchéanse de nationalité. Ainsi, dorénavan, avèk la déchéanse de l’aksen cirkonflexe, l’ETRE devient non ETRE. «Etre ou Ne pas Etre, s’est sa la kestion"].

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L'orthographe française, une orthographe arbitraire?

 

Le français parlé a évolué phonétiquement; mais l’orthographe de l’écrit garde toujours les traces de certains traits disparus partiellement ou totalement de l’oral (par ex. /ê/ vs. /è/; /au/ vs. /eau/ vs. /o/ ).pour les voyelles. Cette orthographe française demeure ainsi RICHE en information et indices étymologiques diachroniques, parfois encore pertinents en synchronie, en cela qu’ils permettent de saisir les régularits de beaucoup de rapport dérivationnels.

Par exemple, un accent circonflexe indique toujours un /s/ latent, comme dans /bête > bestial/, /fête > festif-festival/, fenêtre > défenestrer/, /hôpital > hospitaliser/, bâton > bastonnade, etc. pour ne pas parler des consonnes muettes en fin du mot isolé, qui réapparaissent en cas de liaison (v. François Dell 1985, Les règles et les sons). On peut dire la même chose des alternances régulières à travers les dérivations entre /au/ et /al/ d’une part (/haut/ > /altitude/, /autre/  > /altérité/, /altruisme/, /faux/ v. /falsifier/, /paume/ > /palmé/, etc.). et entre /eau/ et /el/ d’autre part (/chameau/ > /chamelle/-/chamelier/, /tourtereau/-/tourterelle/, /ciseau/ > /siselet/-/ciseler/-sciseleur/, /museau/ > /museler/, /niveau/ > /niveler/,  /côte/ > /accoster/, etc.). Ce sont ces réseaux d’indices, qui ne sont plus perçus qu’à travers les formes de l’écrit, qui permettent de saisir les régularités dérivationnelles du français, ce qui revient à dire de comprendre la dynamique des structures de cette langue.

Quelqu’un qui, grâce à ce que véhicule cette orthographe comme indices de rapports dérivationnels de la langue français, maîtrise cette langue en prévoyant par exemple le sens d’un mot qu’il rencontre pour la première fois, comme ‘défenestrer’ sur la base de sa connaissance de ‘fenêtre’ sans avoir à faire recours au dictionnaire; peut même improviser par dérivation régulière d’autres mots pour de nouveaux concepts, comme par exemple /réseler/ "mettre en réseau" (à l’instar de /niveau/ > ‘niveler’) au lieu de ‘réseauter’. Peu importe, dans des cas comme celui-ci que celui qui maîtrise le français actuel sache que /réseau/ a pour étymologie: /resel/ (12e s.) "Petit filet utilisé pour la chasse et la pêche".

 

Maintenant (à partir de la rentrée prochaine 2016-2017 en France), une vielle tendance de linguistique ‘structuraliste’ popularisée d’aplatissement et de nivellement terre-à-terre, a fini, parce que sonnant comme slogan de facilité populaire, par avoir raison de tout le type d’information sur la structure de la langue française que véhicule l’orthographe de celle-ci grâce à forte teneur phonologique et étymologique. A partir de cette date, un dialecte orthographique français sera reservé comme option normale d'alphabétisation pour ceux et celles qui n'ont pas les moyens ou les aptitudes de faire des études classiques (Voir Ici), un dialecte qui s'aligne sur les dialectes orthographiques de  la palabre des réseaux sociaux. C'est ça une politique qui répond à la voix du peuple. 

L'orthographe du français présente, certes, beaucoup d'aspects qui sont devenus en syncronie actuelle de pures idiosyncrasies qui allourdissent inutilement la mémoire des usagers d'aujoud'hui (/f/ vs. /ph/;/oe/ vs. /eu/ par exemple), mais la catégorie d'exemples donnés plus haut ne semble pas être le cas. Les immortels de l’Académie Française viennent d’ailleurs de se démarquer sur cette question contrairement à ce qui a été annoncé, mais ils l'ont fait sur des bases purement identitaires au fond à en juger les déclarations à la presse (v. Ici).

 

Mais en tout cas, le français demeure une langue - comme toutes les langues vivantes, vielles ou relativement récentes - sur laquelle les institutions habilitées portent un regard et une réflexion dé-dogmatisés (tantôt justes, tantôt faux), aussi bien pour ce qui concerne les structures que pour l’orthographe.

 

En comparaison

 

Pour ce qui n’est que du volet orthographique, il y a pourtant une autre langue, l’arabe en l’occurrence, qui traine derrière elle depuis presqu'un millénaire et demi, non pas une lourde charge d’information diachroniques et d’indices synchroniques qui peut paraître superflue, mais au contraire un énorme DEFICIT d’information cruciale pour la reconnaissance des formes phonétiques même des mots graphiques écrits(absence du vocalisme intégré au corps écrit) en plus de l’absurdité de certaines formes de l’orthographe elle-même (l’écriture du coup de glotte, dit ‘hamza’). Ce DEFICIT y est jalousement entretenu de façon dogmatique sur un fond culturel de sacralisation. Pour se faire une idée de cet état des choses dans cette langue, le texte suivant intitulés: "Les apprenants et les lecteurs de l’arabe ne sont pas tous et toutes des cancres" (cliquer Ici)

 

Mohamed Elmedlaoui (linguiste sémitisant et berbérisant)

Institut Universitaire de la Recherche Scientifique

https://orbinah.blog4ever.com/m-elmedlaoui-publications-academiques

 

 

 

 



04/02/2016
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