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Samy Al-Maghribi nous quitte; une voix qui ne viellit pas

Samy Al-Maghribi nous quitte;

Une voix qui ne vieillit pas

 

                                                  Mohamed Elmedlaoui

 

Information 

Le Dr David Bensoussan, Président de la Communauté sépharade unifiée du Québec, annonce avec tristesse le décès de Mr Salomon Amzallag dit Samy Al-Maghribi à Montréal ce 2e jour d'Adar beth 5768, le 9 mars 2008, apprend-on de RSM (Radio Shalom Montréal) le dimanche 09 mars 2008. La dépêche donne le portrait sommaire suivant du regretté :

 

«Samy Al Maghribi a cristallisé l'expression même de la joie et du bonheur pour plus d'une génération. Sa musique était présente dans toutes nos fêtes et intégrait la quintessence de l'héritage musical judéo-marocain et andalou. Son interprétation de chansons populaires, les qçédas, et ses chansons au style reconnaissable entre toutes sont restées à tout jamais gravées dans le cœur d'une communauté dispersée de par le monde, et même dans celui de la nouvelle génération qui fredonne ses airs de musique, même si elle n'en saisit pas toujours les mots et le sens!

 

Samy Al Maghribi a été au coeur de l'actualité, que ce soit pour saluer le retour de l'exil de Sa Majesté Mohamed V en 1955 ou encore pour exprimer le chagrin de tout un chacun à la suite du tremblement de terre d'Agadir en 1960. Samy Al Maghribi s'est consacré ensuite au chant religieux et a su en éclairer le sens par ses interprétations qui traduisaient le souhait du psalmiste : Hodou ladoshem bekinor, bekinor vékol zimerah : Glorifiez l'Éternel par la lyre et les chants harmonieux, et 'Aleh higayone bekinor : Élève la pensée par la lyre. Il a ensuite interprété les chants liturgiques et séculiers, ce qu'il annonça dans son comeback engheni ounseli.

 

Samy Al Maghribi avait une érudition musicale unique qui se retrouvait dans sa parfaite maîtrise de l'hébreu et de l'arabe classique.  Il fut le premier à transcrire la musique andalouse. Il en a étudié le répertoire pour former des mélomanes dans la tradition de la poésie chantée judéo-marocaine des piyoutim, du malhoun et du matrouz, des noubas du gharnati, du moual marocain, du chaâbi algérien et du haouzi.

 

Au début de sa carrière l'une de ses premières chansons fut et reste toujours :  ay lou kane kanou 'andi lmlayne : Ah si j'étais millionnaire ! Et de fait, les adeptes de Samy Al Maghribi se comptent aujourd'hui par millions. Son refrain 'amri ma nenshak ya mama nous accompagnera toujours. Que ce soit avec l'Orchestre andalou d'Israël, les congrégations montréalaises et les orchestres marocains et algériens, ou encore dans l'intimité des foyers, Samy al Maghribi a laissé le souvenir indélébile d'une voix juste et d'une mélodie qui imprègne les cœurs de sérénité.

 

Samy Amzallag a réussi à unir ensemble, juifs et musulmans grâce à l'amour du chant, égayant ainsi des solitudes qui ne demandent qu'à s'unir et à projeter leur âme dans l'amour et le respect. Il a ainsi contribué à la vision de paix des temps futurs.

 

Fasse qu'un chant nouveau d'amour et de paix s'élève qui transcendera les peuples et les nations dans l'harmonie. »

 

Mon commentaire

Je me permets (Mohamed Elmedlaoui) de rajouter ceci : voilà encore une fois qu'une autre grande figure nous quitte, une figure de la lignée des Al-Maghribi, ces personnages historiques aux dimensions légendaires dont la sémantique patronymique sous-jacente aux faits et à la réalité, fait associer les noms à cet espace du Maghreb qui est le notre. Cette fois-ci cette association est doublement faite dans le cas du dernier de ces personnages, Samy Al-Maghribi, ce passeur de la musique marocaine vers tous les horizons du globe, puisque son patronyme de départ, Amzallag, est profondément ancré dans la langue berbère (amazighe), ferment de la culture marocaine de fond, où il signifie soit "enfileur [des perles, etc.]", soit "cordeleur fabriquant de cordes".

 

Il y avait d'abord le grand linguiste, Yéhuda Ben Quraysh Al-Maghribi (Moyen âge), fondateur incontestable de la linguistique comparative, contrairement aux idées reçues, fameux, au moins pour les initiés, pour son épître adressé aux sages de la communauté juive de Fès les encourageant à apprendre l'Arabe et l'Araméen pour mieux comprendre le Miqra (i.e. la Bible hébraïque). Il y a ensuite le grand philosophe, mathématicien et théologien, Al-Samaw'al Al-Maghribi (Moyen Age également) dont la science héritée de son père formé à Qarawiyin de Fès lui fit traverser les frontières confessionnelles dans une quête continue de la perfection. A cause de certains positionnements réducteurs de la pensée humaine, le souvenir de ces deux figures s'est malheureusement  trouvé enseveli dans les recoins obscurs de mémoires sélectives des uns et des autres des faiseurs de l'histoire des idées (voir notre article "Ben Quraysh et As-Samw'al …" affiché en trois parties sur <https://www.blog4ever.com/>).

 

Accepterons-nous que cette troisième figure subisse le même sort ? Il y a quelques mois, mon ami le chercheur Mohamed El-Haddaoui m'informa, en marge d'une séance de répétition musicale à laquelle nous avons assisté à Rabat au domicile de la cantatrice Zoubeid Idrissi, qu'on était, ici au Maroc, sur le point de rendre à Samy Al-Maghribi l'hommage que son pays lui doit et que la décision en avait été prise au niveau des plus hautes autorités, mais que sa maladie subite était venue tout suspendre. Sommes nous donc condamnés à une myopie congénitale vis-à-vis des valeurs des choses et d'une incapacité à agir à temps opportun comme cela est de rigueur en agriculture, mère de toutes les activités de culture? Même l'Eternel quand il promet de la pluie précise que ce serait au moment opportun (והיה אם שמוע תשמעו את מצוותי אשר אנוכי מצוה אתכם ונתתי מטר ארצכם בעתו «Et si vous observez, de fait, mes commandements, que je vous ai faits (…), je donnerai à votre terre de la pluie en sa saison »). Faut-il toujours que ça soit la mort qui nous rappelle les mérites de ceux qui auraient vécu? Que font nos départements de la culture pour qu'on attende à ce que ça soit d'autres sphères qui prennent ou non les initiatives et pour que, à chaque fois, on rate la bonne saison? Samy Al-Maghribi n'était pourtant pas quelqu'un que les vicissitudes de la vie diasporique avaient réussi à couper des espaces physiques de son pays. Il continua d'y égayer de par sa voix d'or, qui ne vieillit jamais, les coins les plus reculés. La dernière fois que j'ai eu personnellement le plaisir et le privilège de l'écouter au vif a été nom pas aux salons de Rabat ou de Fès, mais à la salle populaire de cinéma, 'Le Paris', à Oujda vers la fin des années 90s de siècle dernier, quand il frôlait déjà l'âge respectable de 80 ans sans, qui n'avait affecté pourtant ni sa voix ni sa stature sur scène.        

Mohamed Elmedlaoui

Institut Universitaire de la Recherche Scientifique



14/03/2008
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