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Rites et mythes du Maroc profond

Rites et mythes du Maroc profond

(Action labellisée par le programme 1001-Actions pour le Dialogue Interculturel de la Fondation Anna Lindh)

 

 

Le Maroc foisonne de rites et de mythes de différents ordres et de formes diverses : rites agraires, rites de fécondité, cultes de grottes et/ou de saints, cérémonies carnavalesques (boujloud = biylmawn, bamghar = imâshar, tiâzza, etc.) ou de confréries (gnawa, âissawa, hmadsha, etc.), qui agissent toujours sur l�espace socioculturel, socio-économique, sociopolitique, voir sécuritaire (le cas du guérisseur de Sekhirat en 2006-2007 et le cas des événements de la ville de Ksar El-Kebir dits �de mariage homosexuel� en novembre 2007, par exemple).

 

Arrière plan sapientiel

Pendant tout le Moyen Age, ces phénomènes sont soit uniquement vécus par les communautés qui les cultivent, soit qu�ils font également l�objet d�un regard extérieur qui les catégorise et les juge du point de vue religieux. Ce n�est qu�avec les missions de reconnaissance (pré)coloniale du Maroc, mais surtout avec le protectorat français que des approches de tendance ethnographique ont commencé à produire une documentation descriptive de certains de ces phénomènes.

 

La transformation de l�Institut des Hautes Etudes Marocaines, au lendemain de l�Indépendance, en �Faculté des Lettres et des Sciences Humaines� de la jeune université marocaine moderne, l�Université Mohamed V, eut pour conséquence de mettre fin à ce type d�études, étant donné les nouvelles orientations nationalistes des curricula des études supérieures, pour lesquelles ethnographie, ethnologie, anthropologie, sociologie et même dialectologie rimaient avec "sciences [de visée] coloniale".

 

La marginalisation des études philosophiques et sociologiques à partir de la fin des années 70s du 20e siècle aggrava encore le vide sapientiel pour deux générations au Maroc dans les milieux institutionnels (universités, instituts, facultés, départements) en tous ce qui concerne les phénomènes anthropologiques, ethnologiques et socioculturels en général. Cela eut pour résultat que le religieux, populaire et/ou savant se retrouve de nouveau seul à porter un regard extérieur sur les phénomènes concernés par ces disciplines ; car le très peu de chose qui se faisait depuis, comme études scientifiques dans ces domaines, suite à ces mesures d�arrière plan idéologique, ne s�inscrivait, jusqu�au quatre ou cinq dernières années, dans aucun cadre institutionnel comme programmes d�action de labos, de départements ou de centres d�études marocains.

 

Nouvelles attitudes

Dernièrement, et dans le cadre des nouvelles orientations que les événements socioculturels et socio sécuritaires de l�après 11 septembre 2001 à l�échelle mondiale et de l�après 16 mai 2003 à l�échelle du Maroc, ont tacitement dessiné pour la recherche en sciences humaines au Maroc, un regain d�intérêt institutionnel tend à réhabiliter le type d�études antérieurement marginalisées. C�est ainsi, par exemple, que dans le domaine qui nous intéresse ici, le Centre d�Anthropologie et de sociologie de l�Institut Royal de la Culture Amazighe, vient de publier un ouvrage fait par Jama Benidir sur une manifestation socioculturelle originale ancestrale dont les variantes traversent tout le Haut Atlas, l�Anti-Atlas et le Sous-Darâa au Maroc ;(1) il s�agit de la tradition du théâtre carnavalesque dit, entre autres : bamghar, ou imâshar.

 

Un syncrétisme interculturel

Il s�agit d�une manifestation théâtrale carnavalesque berbérophone qui s�appelle, selon les localités, bamghar, imâshar, udayn n-tmâshurt, iSwabn, etc. L�originalité de ce carnaval est qu�il est l�incarnation même de l�interculturel : alors que son cycle annuel est associé au calendrier religieux musulman (peut être même shiite), à savoir  la fête religieuse dite Ashura, ses manifestations théâtrales, plastiques et ses propos discursives n�ont rien à voir avec la religion en général, et beaucoup de musulmans orthodoxes y voient même des écarts plus ou moins �condamnables� selon l�esprit de l�époque, du point de vue de la religion. (Pour en savoir plus, un texte de A. Lakhsassi en fr. ICI; un autre de B. Azeroual en ar. ICI).

 

En plus de cela, quel que soit la diversité de la forme et des propos tenus par les acteurs, selon les localités, la constante de ce théâtre-carnaval est de faire la part du lion aux personnages juifs avec des prénoms juifs (Shmiha, Moshe, Haïm, Dawid) à tel enseigne que le carnaval s�appelle �udayn n-tmâshurt� ("Les Juifs de l�Ashura") par endroits, et ce encore aujourd�hui, un demi siècle après que les communautés juives de ce Maroc profond ont toutes émigré, pour Israël en grande majorité.

 

Plan d�action de notre équipe GIM

L�équipe GIM (Géopolitique, Identité et Migration) compte participer à la réhabilitation de ce genre d�études en commençant d�abord par l�organisation d�une journée de présentation de l�ouvrage de Jamaâ Ben Idir sur le carnaval d�Imaâshar de [la ville de] Tiznit (Maroc).

Dans un deuxième temps, et dans le cours de l�année 2008, l�équipe GIM compte organiser deux journées d�étude consacrées à ce carnaval en particulier et aux rites et mythes au Maroc en général, auxquelles seront invités des spécialistes de toutes les disciplines pertinentes.

C�est pour ce deuxième volet de l�action de notre équipe que nous somme en recherche de subventions, notamment dans le cadre du programme 2008 : 1001 actions pour le dialogue interculturel du Groupement d'Etudes et de Recherches sur la Méditerranée  / Fondation Anna Lindh.

 

18 janvier 2008

Mohamed Elmedlaoui, Responsable de l�équipe de recherche GIM (Géopolitique, Identité et Migration) de l�Institut Universitaire de la Recherche Scientifique � Rabat.

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(1)   ÈäíÏíÑ¡ ÌÇãÚ (2007)  ãåÑÌÇä ÁíãÚÔÇÑ ÈÜÊíÒäíÊ.  ãäÔæÑÇÊ ÇáãÚåÏ Çáãáßí ááËÞÇÝÉ ÇáÃãÇÒíÛíÉ (ãÑßÒ ÇáÏÑÇÓÇÊ

ÇáÇäËÑæÈæáæÌíÉ æÇáÓæÓíæáæÌíÉ). ÓáÓáÉ ÏÑÇÓÇÊ ï¿½ ÑÞã 8

 



07/03/2008
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