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Le Tachelhiyt parlé, en perte de vitesse?


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Le tachelhiyt parlé, en perte de vitesse ?

                                                                                     Mohamed Elmedlaoui

 

Le tachelhiyt est l'une des variantes du berbère les mieux étudiées quant à ses structures linguistiques (lexique, syntaxe, morphosyntaxe, morphologie, phonologie segmentale et métrique). Il est également la variante qui a accumulé un énorme corpus littéraire, consigné en partie par écrit (en graphie arabe ou latine)  mais également transmis de génération en génération par une tradition orale solide bien ancré, commune à toute l'ère chleuhe (le contour  Essaouira-Marrakech-Ouarzazat-Aqqa-Ifni). Pour les comparatistes berbérisants, et d'après le tableau consonantique proto-berbère d'André Basset, il est parmi les variantes les plus conservatrices, et par conséquent représentatives du proto-berbère (moins  d'emprunts lexicaux ou fonctionnels, absence de changements phonétiques récents: spirantisme, *g > ž/y, *k >š, *l > r/j/ĵ, etc.). Cette stabilité relative a été relevée par des spécialistes comme Boogert (1998), qui a remarqué, par exemple, que la variante berbère actuelle la plus proche du lexique de Ben Tounart né à Bougie, instruit à Grenade et mort à Fès (13e siècle), est précisément le tachelhiyt; mais on peut aussi relever cela, pour les trois derniers siècles, en faisant la lecture de l'œuvre de Awzal, notamment son baħru ddumuuε.

Tout ceci qualifiait en principe le tachelhiyt pour jouer un rôle particulier dans une standardisation équilibrée et sans épuration idéologique de l'amazigh, la nouvelle appellation que le mouvement berbère s'est choisie pour le berbère standard qu'on projette de promouvoir. C'est ce que fut le cas notamment lors de l'établissement du système phonologique à 33 phonèmes au sein de l'Ircam en 2003, et cela permit de faire un grand pas vers le développement technique de la graphie et l'adoption par cette même institution de l'essentiel des conventions orthographiques déjà mises au point dans des travaux académiques dont Elmedlaoui (1999).

Pourtant, dans la mesure où, par amazigh standard, on entend une langue vivante et non des listes de termes d'esperanto, forgés dans des labos et fourrés dans les petites têtes entre les quatre murs de la classe,(1) il m'est arrivé dans plusieurs écrits antérieurs de souligner l'importance capitale de l'accompagnement du secteur audio-visuel (v. anγmis n-usinag, n° 1, madaarik, nov. 2006). J'ai dit notamment ceci (madaarik, ibid):

ÃãÇ ÈÞíÉ ÔÑæØ ÇáãÚíÑÉ Ýåí ÔÑæØ ãÕÇÍÈÉ æãÑÇÝÞÉ¡ áÇ íÓÊåÇä ÈÏæÑåÇ ÛíÑ ÇáãÈÇÔÑ Ýí ãÚíÑÉ ãÊä ÇááÛÉ ÇáÃãÇÒíÛíÉ. æÃåãåÇ ãÇ íÊÚáÞ ÈÇáÓíÇÓÇÊ ÇáÚãæãíÉ Ýí ÞØÇÚí ÇáÅÚáÇã æÇáËÞÇÝÉ¡ ãä ÍíË ÅÚÏÇÏ æÅäÌÇÒ ÎØØ ãäÇÓÈÉ ÊÑÇÝÞ ÎØÉ ÇáÊÏÑíÓ æÇáãÚíÑÉ Úáì ãÓÊæì ÊÏÈíÑ ÇáãÌÇá ÇáÓãÚí ÇáÈÕÑí¡ ßÅÚÇÏÉ åíßáÉ ÇáÞäæÇÊ¡ æÇáÃÞÓÇã¡ æ ÇáÃÞÓÇã ÇáÝÑÚíÉ¡ æÇáÈÑÇãÌ¡ ãä ÍíË ÇáãÖÇãíä¡ æÇáÃÛáÝÉ ÇáÒãäíÉ¡ æÞæÉ ÇáÏÝÚ æÇáÊÛØíÉ¡ æÇáãæÇÑÏ ÇáÈÔÑíÉ¡ Úáì ÖæÁ ãÇ ÊäÕ Úáíå ÇáãÇÏÉ ÇáËÇäíÉ ãä ÇáÙåíÑ ÇáãÄÓÓ ááãÚåÏ Çáãáßí ááËÞÇÝÉ ÇáÃãÇÒíÛíɺ ÅÖÇÝÉ Åáì Óä ÓíÇÓÉ ËÞÇÝíÉ ãÊæÇÒäÉ ÊÊãÇÔì ãÚ ÑæÍ ÇáÙåíÑ Çáãáßí ÈÃÌÏíÑ ãä ÍíË ÅäÚÇÔ ÇáæÌå ÇáÃãÇÒíÛí ááËÞÇÝÉ ÇáæØäíÉ Ýí ÈÑÇãÌ ÇáÏÚã æÇáÊäÔíØ Úáì ÛÑÇÑ ÈÞíÉ ÇáÃæÌå¡ æÐáß ÈÊäÓíÞ æÊÚÇæä ãÚ ÇáãÚåÏ.

Sur ce dernier plan, abstraction faite des difficultés institutionnelles, et pour ne s'en tenir qu'à ce qui dépend des qualifications de l'élément humain, force est de constater que l'apport escompté du tachelhiyt est des plus médiocres sur le plan concret dans les émissions audiovisuelles et surtout radiophoniques du pôle public national pour tout ce qui est de la communication et de la production de programmes. Il faut plutôt saluer ici le personnel des émissions du tamazight en premier lieu et du tarifit en second lieu. En plus d'une maîtrise parfaite de la langue et d'une aisance attachante en communication, le personnel du tamazight est des plus brillants dans la production de programmes permanents ou d'émissions spéciales de conjoncture. Par contre, les émissions du tashlhiyt ont marqué un recul consternant et ne font plus que du remplissage. Mais ce qui est plus grave c'est le degré de compétence linguistique et de qualification en communication chez un grand nombre du personnel de ces émissions. Je me limite ici à dire quelques mots de la première carence.

Depuis que le phénomène diasporique a marqué la région du Sous, une situation socoi-linguistique particulière s'est installée et s'est accentuée avec les nouvelles générations de la diaspora des villes: une génération qui a perdu la compétence linguistique dans le cadre d'un bilinguisme déséquilibré au dépend du berbère, commence à diffuser dans les média son 'berbère' perturbé. Etant donné le manque d'une politique sérieuse et transparente de recrutement, il suffit en fait d'être de l'entourage de l'ancienne génération du personnel pour prendre sa place. Or l'ancienne génération n'était pas né dans les villes et gardait ainsi un rapport étroit avec la tradition orale, ce qui la qualifiait à une bonne maîtrise de la langue au lieu de devoir recourir systématiquement à une traduction permanente implicite de l'arabe marocain ou de l'arabe classique selon le cas dans sa communication médiatique. Cette situation se traduit par une dyslexie donnant lieu à des bégaiements consternants et répulsifs de type [aaa … aaa … aaa] entre chaque deux petites tranches d'un discours à mots et particules détachés à coup de glotte comme dans une dictée. En plus, et ce qui est plus grave, une énorme perte, pour certain(e)s, des règles les plus élémentaires de la grammaire. Je n'en site que quelques unes ('!xxx' un mot contenant une emphatique):

La perte des règles de la mise à l'Etat Construit. Elle se traduit, pour certains, de ne plus savoir marquer cet état; ainsi on entend souvent à la radio de Rabat: askka ra !idr !anzar iγ-t inna !rbbi (au lieu de !idr !unzar) "demain, il pleuvra, si Dieu le veux". Parfois, on met par contre la forme de l'EC dans le contexte de l'Etat Libre; on entend ainsi chez certains : unmγur n-lgabbun !issifd yat tabrat n-tthniyt i-žalalat n-ugllid (au lieu de : … anmγur … yat tbrat …).

La perte de la règle de la formation du participe (le verbe se met au participe lorsque le sujet devient la tête d'une relative) ainsi que le contexte où la particule /ar/ de l'inaccompli disparait. On entend ainsi chez une animatrice de la radio des phrases comme : azzan lli ar yaqqra ur !izdar … "le garçon qui va l'école ne pourra pas …" (au lieu de azzan lli yaqqran ur !izdar …). Cette construction bizarre trahit en fait, comme nous l'avons signalé, un calque sur l'arabe marocain : lweld lli ka iqqra ma iqedd …

La perte du système de coordination verbale. La plupart des dialectes berbères, dont le tachelhiyt, n'ont pas de réalisation lexicale pour la conjonction de coordination copulative (Elmedlaoui 1999 :73 et réf.). C'est le jeu de l'usage de l'aoriste, dans le contexte accompli, et de l'inaccompli dans le contexte inaccompli, qui rend la notion de coordination verbale, additionnelle ou consécutive (išša sksu isu aγu "il mangea du couscous et but du petit lait"). Or la plupart des nouveaux/nouvelles speakers des émissions tachelhiyt de la radio calquent la coordination verbale de leur discours sur celle de l'arabe marocain ou de l'arabe classique (langue source du bulletin d'information) en généralisant la conjonction /d-/ de la coordination nominale (l'équivalent de l'arabe /wa/) aux verbes de la phrase quel qu'en soit le nombre de propositions. On entend ainsi : iskr žalalat n-ugllid yat !zziyart i-tamdint n-agadir d-zlin-as ayt agadir yan asbrrk imqqur  "SM le Roi a effectué une visite à Agadir, et les gadiris lui ont réservé un grand accueil" au lieu de (iskr bab n-waddur, agllid, yat zziyart i-tmdint n-ugadir, !zlin-as ayt ugadir yan usbrrk imqqurn).

La perte des règles de la montée des clitiques (pronoms-objets directes ou indirectes, adverbes) et des prépositions (/d-/, /s-/, /f-/, /γ-/, etc.)) pour s'attacher aux préverbes (ad, ar, ur, tête de relative) et du fait que le nom relativisé n'est pas repris en tachlhiyt par un pronom résomptif. On entend ainsi chez Khadija El-Mazlougui (prog. tizdgi n- !ttbiεt "propreté de l'environnement") qui cumule tous les écarts précédents (elle n'est pas la seule): lmsalt-ad lli ra n-sawl fllas, au lieu de lmsalt-ad lli f-ra nsawl "cette question dont nous allons parler". Il s'agit encore une fois d'un calque sur l'arabe: had lmsala lli γadi nttkllmu εliha.

 

Le comble de cette incompétence linguistique a pris la forme d'un scandale de gros mots sur les ondes lors de l'émission du 13 octobre 2010 à 21h du programme Tasutin qu'anime Rachid et Khadija: un auditeur se plaignit par téléphone du fait qu'il n'arrivait depuis des semaines à avoir la ligne (ar bda nsswa iman d-ttiniful mšša ur a yaγ tqqway); ne maîtrisant même pas les thèmes aspecto-temporels pour un verbe de tous les jours comme γwi/qqway ("saisir, capter": accompli/inaccompli), la co-animatrice lui rétorqua: (awa hatti tqqwa yawn γ-!ddur-ad). Elle voulait dire, en parlant, du téléphone : (awa hatti wi awn γ-ddur-ad "Eh bien, le voilà qui abouti cet fois-ci"), mais ce qu'elle a dit en fait, de par sa conjugaison maladroite, était: ("Eh bien le voila qui a forniqué pour vous cette fois-ci"). Sa bourde linguistique a tout simplement suscité un début de rire déplacé chez son collègue avant qu'il ne se rattrape par un bavardage maniériste qui lui est connu pour noyer le scandale.

 

La question qui se pose est la suivante (abstraction encore une fois des difficultés institutionnelles): dans quelle mesure, des institutions concernées comme l'Ircam, déploient-elles des efforts en mettant, par exemple, sur pieds des cellules d'écoute et d'évaluation pour accompagner les performance de ce créneau décisif de la standardisation et pour définir les formes qui s'imposent en matière de formation continue en langue, en communication en programmation et de transfert de compétence d'un studio à l'autre? Des compétences comme Hadda Abbou, Rabha Aqqa, la brillante Malika Mouhani (tamazight), Amina Chuâa (tarifit), Idder Bounniyt, Biydgharn (tachelhiyt), Zayna Hemmou (tachelhiyt, radio CFM), beaucoup d'autres à la radio d'Agadir, etc. sont déjà là pour relayer les interventions de cette institution chargée en principe de l'accompagnement scientifique de tous les aspects de la promotion de la langue. Ce sont là des spécimens de compétences qui, grâce à leur discours éloquent et à la vitalité de leurs programmes, réussissent à mobiliser l'auditoire de l'arrière pays et de la diaspora récente des villes, par voie de téléphone notamment, permettant ainsi à la langue dans son état non perturbé d'avoir des canaux de diffusion nationale, alors que la dyslexie bégayante et ahanant de la plupart des animateur en tachlhiyt, ainsi que la pauvreté ennuyante des programmes chez eux n'a fait que faire fuir l'ancien auditoire lui-même qui ne se reconnaît plus dans les services radiodiffusés; ils ne passent le micro qu'à leurs semblables sur le plan linguistique dans les couloirs de toute sorte de 'colloques' et de rencontres pour que ceux-ci se mettent à se tortiller comme eux pour mâchonner quelques bouts de phrases hybrides, cousues à coups de 'aaa' … 'aaa' … 'aaa'.

En tout cas, il semble que, grâce à une génération de bon producteurs et productrices, annonceurs, rapporteurs et animateurs, maîtrisant tous et toutes la langue de l'arrière pays, la diction et la communication, un nouvel agent de renouveau culturel est en passe de palier aux insuffisances de l'Ircam, perdu qu'il est dans l'ambivalence de l'idée que ses responsables se font de sa vocation (scientifique et culturelle, ou bien politique ?); il s'agit de la génération du staff des émissions radiophoniques du tamazight. Le doyen de la famille nomade des Zaqqa (Moyen Atlas), le barde non voyant Bouεzza Zaqqa, l'a bien compris. Il déclara le 11 août 2010 à la brillante Malika Mouhani à l'occasion de l'hommage qui lui a été rendu au festival de Aïn Louh : "Merci à vous, les agents de la radio tamazight; c'est justement vous qui nous avez fait connaître à ceux qui nous rendent hommage aujourd'hui, car les intellectuels ne nous connaissent pas". Sur le plan des valeurs sociolinguistiques inter-dialectales, le tamazight, qui dispose déjà d'atouts géo-dialectaux d'être au milieu et d'entretenir ainsi sur le plan des variations d'isoglosses des continuums d'intercompréhension vers le sud, le nord et l'est, tire profit de la compétence et du professionnalisme de ses cadres dans le domaine des média pour commencer à jouir d'un début de prestige dialectal, facteur important dans tous processus de standardisation. Cela se traduit notamment et concrètement par le fait que beaucoup de leurs homologues du tachelhiyt parmi la catégorie qui ne se sent à l'aise dans aucune variante, commencent à palier à leur dyslexie en agrémentant de temps en temps leurs bégaiements en introduisant certains vocables propres au tamazight, par exemple: /aεrrim/ 'jeune' (au lieu de /afrux/, /aεzriy/, /aεyyal/, etc.) /γuda/ 'ê. bon/beau' (au lieu de /fulki/, /hiya/), /γur/ 'chez' (au lieu de /dar/), /žaž/ 'intérieur' (au lieu de /agwns/), etc. La cohorte qui a déserté le CA de l'Ircam pour une disparité de raisons, dont le poids de la fameuse 'représentativité régionale' en filigrane, semble s'être trompée sur ce point: ce n'est pas à l'Ircam que s'accomplira la standardisation effective de l'amazighe; c'est à travers des reportages de foot, de bons programmes radiotélévisés, de la bonne production artistique, etc. que cela se fera si jamais cela se fait.

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(1) L'exemple le plus éloquent de ce procédé de fabrication artisanale, mu par des soucis d'épuration linguistique (i.e. rejet des appellations d'origine arabe) est la liste des jours de la semaine, forgée au sein du Centre Pédagogique de l'Ircam et adoptée par soutien du rectorat malgré l'opposition du Centre d'Aménagement Linguistique (CAL) chargé en principe de l'aménagement du lexique. Calqué en principe au départ sur les appellations sémitiques (le Un < /'aħad/ 'Dimanche', le Deux < /itnayn/ 'Lundi', etc.) - ce qui est normal dans une grande famille de langues et de cultures – la liste adoptée (voir le calendrier de l'Ircam 2007) fut forgée en suffixant le matériel /-as/ (de /ass/ 'jour') à des tranches arbitrairement déterminées et parfois modifiés des numéraux du tachelhiyt (yan=1, sin=2, !krad=3, etc.), préfixées elles-mêmes d'une voyelle initiale /a-/, que ces numéraux ont la particularité de ne pas avoir. On obtient ainsi : aynas (< yan+ass), asinas (< sin+ass), !akras (< !krad+ass), akwas (< !kkuz+ass), asimwas (< smmus+ass), !asidyas (< !sdis+ass), asamas (< sa+ass).

En plus de certaines maladresse de structure morphinique (ex. la suite /…mw…/), l'arbitraire du procédé dérivationnel (composition par tranches arbitraire) rend les termes de la liste entièrement opaques, même pour les locuteurs chleuhs qui savent ce que c'est que /ass/ et connaissent les numéraux. Le rapport culturo-linguistique avec les noms des jours de la semaine en arabe, toujours en usage hors des papiers de l'Ircam et qui, avec une un procédé dérivationnel approprié, aurait pu contribuer sur le plan pédagogique à la transparence, est perdu à telle enseigne que ceux-là même qui avaient forgé les termes et mis au point le calendrier, ont fini par décaler d'un nombre les appellations calquées au départ sur celles d'origine arabe: c'est le lundi (ltniyn < ar. l-tniyn = 2), premier jour de la semaine administrative, qui est enfin de compte désigné dans le calendrier comme aynas (< yan+ass) et non le dimanche (lhdd < ar. l-hedd = 1), qui devenu le septième jour sur le calendrier. En se pliant à la mouvance puriste d'abandonner les appellations d'origine arabe, le CAL avait proposé les appellations transparentes suivantes: assyan (< ass+yan) 'dimanche', assin (< ass+sin) 'lundi', !asskrad (< ass+!krad) 'mardi', !asskkuz (< ass+!kkuz) 'mercredi', etc.



04/08/2010
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