"Paix sur terre" oui, mais ... (à propos de ce qui se passe à Gaza)
"Paix sur terre" oui, mais … (à propos de ce qui se passe à Gaza)
Dans le cadre des avalanches du flux médiatique que déverse la toile dans la fébrilité qui se saisit du monde suite au "Plomb durci" de l'Armée israélienne à Gaza, je reçois le 6 janvier 2009 par email une chaîne de diapos intitulée Paix sur Terre successivement de deux chers amis et collègues. Une séquence de textes débités sur fond d'une magnifique musique de chœur et émaillés d'images de tout bord de la misère du monde. Ces textes consistent pour l'essentiel en ceci:
- Quelle est la raison pour laquelle nous sommes en faveur de
- Le monde libre risque de ne plus l'être. – La plupart des dirigeants occidentaux ignorent le péril nazislamiste. – L'Algérie ferme dix églises et traques les missionnaires. - Pendant que l'on subventionne les mosquées en France, en Algérie on ferme les églises … et l'Algérie s'engage à à financer
En épilogue, une dernière diapo multilingue où le terme pour "Paix" est affichés en une palette de langues: Paz, Pax, Peace, Pace, Frieden, Shanti, La paix, Ured, שלום (= Shalom), et d'autres comme le grec, les langues d'Extrême Orient, sauf ...
Après avoir visionné les diapos, j'ai dû répondre sur le champ à mes deux correspondants en rajoutant d'abord la remarque suivante, sciemment en hébreu et en français, qui porte sur l'épilogue desdits diapos; elle est suivie du commentaire ci-après en français uniquement et qui porte sur le contenu du texte des diapos.
Remarque sur l'épilogue
אני מוסיף עוד מילה אחת שהחתימה הרב-לשונית של ההשקופית שחכה כשנראה, אף כי גם היה מילה מתקימת בעולם, לאמור :
Je rajoute un mot que l'épilogue plurilingue qui conclut les diapos semble avoir oublié quoique ce mot existe également sur notre Terre, à savoir celui que j'affiche ici :
ÓÜÜÜÜáÇã
Âãíä
Commentaire sur le texte
Je n'ai aucune sympathie pour l'Islamisme militant ni surtout pas pour l'Islamisme jihadiste d'aujourd'hui, qui a maintenant envahi nos espaces chez nous, qui a investi nos institutions et nos rues, et qui nous empêche, en ce moment même (début janvier 2009), entre autre, de descendre dans la rue pour dénoncer la logique du pire au Moyen Orient sans nous trouver sous les bannières, les banderoles et les slogans réducteurs et destructeurs du Hamas et du Hezbollah criant "mort au Juifs !", "L'Armée de Mohammad sera de retour" ; des slogans qui consacrent la présentation de la tragédie du peuple palestinien pris en otage, en tant que'un simple aspect d'une vielle guerre de religions en réponse à d'autres voix qui la présentent également comme tel, tout en lui superposant un autre aspect d'une guerre planétaire récente entre terrorisme et antiterrorisme comme si la question palestinienne ne datait que de 2001. Je n'ai aucune sympathie non plus pour cette culture de la haine qui s'exprime en termes laïcisant mais qui décloule pour le fond de la même source et irriguent les mêmes bas-fonds; et lorsque je m'adresse à ce spectre de la pensée je le fais sans ambage en une langue arabe accessible aux intéressés, le dernier de mes écrits dans ce sens étant affiché sur le même blog OrBinah à la page suivante:
http://orbinah.blog4ever.com/blog/lirarticle-162080-1051013.html
Cet Islamisme a investi nos espaces après avoir été incubé, bercé et entretenu pendant les années 70s 80s du 20e siècles en Europe (Londres, Bône, etc.), au USA et dans les territoires palestiniens où le Hamas précisément était encouragé à un certain moment par Israël pour discréditer l'autorité d'une OLP dont le nationalisme était pourtant laïque jusque là, ainsi que sous les régimes rétrogrades soutenus par les USA dans le Golf et au Pakistan notamment (y compris les moudjahiddines afghans de Hikmatyar et compagnie qui se sont mutés en Talibans de Ben Laden).
Rappelons, pour circonstancier encore les choses, que cette politique d'encouragement de l'Islamisme en tant que force "contre-révolutionnaire" par le Monde Libre, qui, selon les diapos «risque ne plus l'être» à cause du "Nazislamisme", fit à l'époque une suite logique et complémentaire à une politique antérieure de ce même Monde Libre, qui s'était acharnée pendant les années 60s et 70s sur l'esprit du nationalisme et/ou des expériences démocratiques de certains Nkrumah (Ghana), Lumumba (Congo), Ben Barka (Maroc), Allende (Chili), et avant eux l'expérience démocratique de Mossadegh (Iran) en tant qu'esprit "révolutionnaire" menaçant le Monde Libre, pour que celui-ci pérennise sa main mise sur les matières première et se permette le transfert sauvage de la main d'œuvre, toutes à bon marché après les Indépendances.
Faut-il encore rappeler, à titre anecdotique de détail dans ce sens - puisqu'il s'agit trop des attitudes de
Malgré tout cela, je suis d'accord, sur le plan intellectuel (et non sur le plan de la gestion politique de l'Etat), sur le constat des faits de l'état actuel que relatent les diapos "Paix sur Terre", sur leurs significations ainsi que sur les conclusions tirées en ce qui concerne la logique intellectuelle d'une parité sur le plan de la liberté des "échanges confessionnels et de culte", à condition tout de même que le sacro-saint principe de la liberté d'échange socio-économique, culturel et de mouvement d'individus, qui relève effectivement du domaine de la gestion des Etats, ne continue plus dans un seul sens : du Nord au Sud en érigeant des barricade face au produits du Sud, à ses cultures et à ses habitants.
Je ne suis, par contre, absolument pas d'accord sur l'amalgame et l'équivalence que véhicule le titre lapidaire et incendiaire, pour ne pas dire assassin, à savoir le "Nazislamisme", donné comme titre annonciateur de la couleur du contenu des diapos.
Si l'équivalence était effectivement vraie entre Nazisme et Islamisme actuel de toutes couleurs, sur le plan du contexte historique de l'avènement de chacun des deux mouvements, des faits concrets ainsi que de la philosophie de fond, le terme "négationnisme" n'aurait alors plus de substance; ou tout au moins, son utilisation serait stéréotypée par les utilisateurs pour ne concerner que certaines déclarations fracassantes telles que celles d'un Jean Mari Lepen du FN et compagnie, que les références des textes des diapos trahissent d'ailleurs d'une façon flagrante d'après la références obsessionnelle à l'Algérie notamment, dont je ne cautionne d'ailleurs pas du tout ici la politique. Pour un esprit averti, une belle mélodie distillée par les voix des choeurs les plus angélique, comme c'est le cas dans ces diapos, ne peut aucunement camoufler la nature assassine du verbe, car "Au commencement était le verbe".
Les diapos "Paix sur Terre" dans le contexte du "Plomb Durci"
Quant au fait d'emprunter ce discours plus tôt d'un FN pour le fond, de s'en servir conjoncturellement en le faisant circuler juste maintenant (début janvier 2009) dans le contexte de ce qui se passe à au Moyen Orient, cela me fait penser à une attitude que j'ai cru jusqu'ici être l'apanage exclusif de ma culture environnante : lorsqu'on demande à quelqu'un: "pourquoi avez-vous perpétré ce mal ou commis cette infraction?", il a souvent tendance de répondre: "Vous ne voyez pas que je ne suis le seul; l'autre en face en a fait autant avant moi". D'autre part, un proverbe en arabe marocain dit taht SSem3a ! 3ellqu lhejjam ! ("Le minaret s'est écrouler, alors pendez le barbier !").
C'est pour dire que le fond de l'affaire dans le contexte actuel où l'on se complait à emprunter au FN son discours, est que le peuple palestinien vit sous l'occupation depuis plusieurs générations, chacune portant les stigmas de l'horreur de la déterritorialisation et de l'humiliation au quotidien faute d'un Etat souverain viable territorialement, et socio-économiquement à côté de l'Etat d'Israël et de tous les Etats de la région.
Auparavant, on cachait le fond du problème par les folies des discours du nationalisme arabe de la génération de Nasser et compagnie, qui se justifiait politiquement en jurant de "libérer
Sur le plan politique, on a torpillé ces accords en désavouant notamment deux principaux artisans qui ont jeté les bases de cette lueur de paix qui a tourné en mirage. On a désavoué le brave Itzhak Rabin en cautionnant son assassinat par un large vote qui porta son camp adverse au pouvoir immédiatement après son assassinat, donnant ainsi à ce régicide une dimension collective qui traduit l'esprit prépondérant d'une société endo-démocratique dont les dirigeants et la majorité des faiseurs d'opinion semblent avoir peur de la paix ou sont, tout au moins, aveuglés par l'opportunisme électoraliste des gains de la politique du court terme dont ils se trouvent prisonniers à perpétuité, au détriment des principes d'une politique de long terme, à supposer que celle-ci rime dans leurs esprits avec le véritable bien des Israéliens eux-mêmes, indissociable qu'il est de celui des palestiniens et des peuples de la région comme le détermine la géopolitique de l'histoire et de la géographie.
Sur le plan tactique, ce torpillage fut accompli depuis, à travers une série concertée et cohérente de faits : discréditation systématique de l'Autorité palestinienne incarnée d'abord dans la personne du leader feu Yasser Arafat, deuxième artisan des accords, et par la suite dans la personne du président Mahmoud Abbas réduit par ce qui se passe à l'image d'un "colaborateur" comme le crient les slogans aujourd'hui dans nos rues. Cela s'est fait aussi notamment à travers une accélération paradoxale, en têmps de trêve, de la colonisation et du démembrement territorial systématique de la géographie palestinienne, avec destruction "légale" de maisons, construction de murs de séparation, et, par-dessus tout, une campagne électoraliste de surenchère religieuse d'un Ariel Sharon (que son Créateur vienne à sa délivrance!) sur l'Esplanade des Mosquées (Mont du Temple), sans parler des fouilles "de routine" et de creux de tunnels sous les lieux saints de l'Islam, ni de l'intransigeance obstructive et saboteuse politicienne sur la question de Jérusalem-Est, ni des incursions répétées dans les territoires de l'Autorité palestinienne, ni des rafles de "prisonniers" et d'assassinats ciblés de leaders à commencer par l'attentat terroriste d'Etat contre le dirigeant du Hamas, Khaled Mishâal dans la capitale jordanienne en pleine euphorie du mirage de la paix (29 sept. 1997). Tout cela fut couronné par une évacuation calculée unilatérale de Gaza, pour donner un coup de grâce à l'Autorité palestinienne en renforçant le Hamas. En conclusion tout a été mis en œuvre, enfin de compte, de sorte à ne donner raison qu'à ceux, parmi les palestiniens notamment, qui ne croyaient pas, ou ne croient plus à la paix, et de sorte à recadrer le problème en l'inscrivant dans le cadre d'une prétendue vielle guerre de religions et d'une récente confrontation entre le Bien et le Mal qu'incarnerait les deux axes du terrorisme et de l'antiterrorisme, renforçant ainsi de nouveau les ennemis de la véritable paix sur terre et non dans le cieux, au détriment de ceux qui s'en sont convaincus une fois, au prix d'une longue expérience amère et tragique qui ne fait que continuer sous nos yeux en ce moment même où l'on oeuvre en fait non pour éradique le Hamas de Gaza, mais pour étendre son influence à la Cisjordanie. Même si Israël finit, encore une fois par marquer des points sur le terrain, suite à ce qui se passe à Gaza, en procédant notamment à un énième cesser le feu qui n'aurait pour résultat dans le meilleur des cas qu'une négociation ultérieure de l'arrêt des roquettes du Hamas, d'une étanchéisation des frontières avec l'Egypte, et d'une réouverture sporadique des points de passage, en somme, un retour au statut quo avec une consécration du Hamas comme partenaire à côté ou en face de l'Autorité Palestinienne, comptant cela comme un point marqué sur le plan politique, les responsables israéliens risquent cette fois-ci, par leur campagne électorale armée meurtrière appelée Plomb Durci, de porter un coup fatal à la chance de l'Etat d'Israël de remplir la fonction de résoudre un problème historique même au prix de ce qui a été consenti du côté palestinien durant 60 ans: ils n'auraient pas seulement lancé dans les Territoires Palestiniens et alentours les bases d'une nouvelle génération de plus, qui n'aurait que les sentiments de frustration et de haine comme fond de mémoire; les nouvelles générations de l'opinion internationale, et surtout occidentale, hantée qu'elle est jusqu'ici par sa tradition de pogromes couronnés par le souvenir de l'Holocauste, auraient elles-mêmes du mal à continuer à justifier l'injustifiable sous le seul poids de ses remords vis-à-vis des mauvais souvenir du passé. Des mécanismes psycho intellectuels de négationnisme de toutes sortes risquent de prendre des ampleurs inquiétantes pour l'avenir, comme moyens irrationnels de libérer la conscience de cette opinion vis-à-vis de ce qui se passe au présent. A titre indicatif, chez nous, seuls ceux qui connaissent les écrits d'un A.R. Benchemsi, directeur de l'hébdo marocain TelQuel seraient à même de mesurer l'étendue du séïsme que ce Plomb Durci aurait provoqué dans tête de ce jeun journaliste pour qu'il en arrive dans son édito (n° 55. 10 janvier 09) à dire ceci "Israël a démontré l'étendue de sa barbarie. Le parallèle entre les Nazis et les Sionistes, comme dans certains milieux, m'a toujours mis mal à l'aise. Mais depuis le déclenchement de la dernière offensive contre Gaza, j'avoue, en toute honêteté, être troublé ...". Ainsi, à l'irrationel racourci de Nazislamisme, répond celui de Nazisionisme.
Addenda (11 fév. 2009)
Enfin, cette guerre a eu des résultats dans le sens classique de la politique israélienne: elle n'a pas mis fin au Hamas; au contraire, elle a réussi à en faire le partenaire incontournable au niveau régional (médiation de l'Egypte pour négocier une trêve) sinon international; elle n'a pas mis un terme aux fameux tires de roquettes par lesquels le même Hamas contribua, après le cesser le feu, à la campagne électoral israélienne, et a remporté victoire dans le sens qui l'arrange, à savoir rallier les petites kipas au gros chapeax noirs en politique, i.e. hâter la montée de l'extrême droite israélienne qui l'aiderait à enterrer le moribond processus de paix avant même la mort de l'auteur de sa dernière édition. En flirtant avec les slogans de l'extrême droite de Avigdor Liebermann, courtisé par toute la classe politique qui fait tout pour rallier les petites barbes de l'autre camp aux barbes gigantesques, la société israélienne tétanisée par le culte du discours de la peur, a choisi à travers son vote plutôt psychologique que politique, de "hamassiser" non plus seulement

Commentaires
le 22/01/2009 à 21:16:37
Votre lucidité est émouvante, Vous êtes un homme juste.
J'ai pu lire cela sur votre visage. Je peux lire cela dans vos écrits.
Il faut aimer le droit de l'autre pour recevoir de lui la Paix.
Cette "réciprocité simultanée" adviendra, je l'espère de tout coeur.
Il est dit dans la Bible qu' Ismaël et Israël ( Isaac) sont présent l'un et l'autre aux funérailles d'Abraham, leur père à eux deux.
Quand on sait que Juifs et Musulmans enterrent vite, avant 2 jours, on doit croire qu'ils étaient proches et donc voisins.
Mon amitié
Serge